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Aujourd’hui je prenais part à l’office du matin, ou
Shachahit, qui a lieu une fois la semaine, quand un passage du
Sidour (livre de prière) a attiré mon attention. Ce passage, je
l’avais lu plusieurs centaines de fois auparavant, mais jamais il ne
m’avait ému comme il l’a fait aujourd’hui. Était-ce parce que plus tôt
ce matin, en Israël, une attaque à la bombe avait fait de nouvelles
victimes, parmi lesquelles se trouvaient des enfants? Ou bien parce que
l’état d’Israël se prépare à une autre élection? Je ne le sais. En tout
cas, ce passage m’a bouleversé. Il s’agit du psaume 81. Nous en faisons
la lecture tous les jeudis lors de l’office du matin, et le voici tel
qu’il apparaît dans notre Sidour:
Téhillim
(psaume) 81 Du maître de chant. Sur la gittit d’Asaph.
«Criez de joie pour Dieu notre force, acclamez le Dieu de Jacob. Ouvrez
le concert, frappez le tambourin, la douce harpe ainsi que la
lyre ;sonnez du shofar au mois nouveau, à la pleine lune, au jour de
notre fête. Car Israël a une loi, un jugement du Dieu de Jacob, un
témoignage qu’il mit en Joseph quand il sortit contre la terre d’Égypte.
Un langage inconnu se fait entendre : «Du fardeau j’ai déchargé son
épaule, ses mains ont lâché le couffin ; dans la détresse ta as crié,
je t’ai sauvé, je te répondis caché dans l’orage, je t’éprouvai aux eaux
de Meriba. Écoute, mon peuple, je t’adjure, ô Israël, si tu pouvais
m’écouter ! Qu’il n’y ait pas chez toi un dieu d’emprunt, n’adore pas un
dieu étranger ; c’est moi Hashem, ton Dieu, qui t’ai fait monter de la
terre d’Égypte, ouvre large ta bouche, et je l’emplirai. Mon peuple n’a
pas écouté ma voix, Israël ne s’est pas rendu à moi ; je les laissai à
leur cœur endurci, ils marchaient ne suivant que leur conseil. Ah ! si
mon peuple m’écoutait, si dans mes voies marchait Israël, en un instant
j’abattrais ses adversaires et contre ses oppresseurs tournerais ma
main. Les ennemis de Hashem l’aduleraient, et leur temps serait à jamais
révolu. Je l’aurais nourri de la fleur du froment, je l’aurais rassasié
avec le miel du rocher.»
Aujourd’hui, Israël est peut-être l’un des pays les plus laïcisés du monde.
À propos de leur armée et de leur force offensive, les Israéliens ne
tarissent pas d’éloges. Ils se targuent de disposer d’un arsenal militaire
capable d’anéantir quiconque de leurs voisins voudrait leur faire la guerre.
Mais rarement parleront-ils de Dieu et des promesses qu’Il leur a faites.
Car pour l’Israélien moyen ne comptent que l’opinion publique et l’appui des
États-Unis. Quant à Dieu, on le tient en dehors du débat.
Au cours des treize dernières années, Israël a vu se succéder cinq premiers
ministres à la barre de l’état. Pourtant peu de progrès ont été fait durant
le mandat de chacun d’eux. Aujourd’hui les arabes sèment la terreur, comme
ils le faisaient naguère avant l’arrivé au pouvoir de ces leaders. Ces
derniers ont tous pratiqué une politique de tolérance, non pas en raison des
pressions faites sur eux par leur propre gouvernement, mais à cause de
l’influence des grandes puissances mondiales, en particulier des États-Unis.
Autant dire qu’en Israël ce n’est pas le premier ministre qui dirige.
Les Juifs orthodoxes ne constituent qu’une petite fraction de la population
en Israël. Fort religieux, ils sont pleins de zèle pour leur pays, mais Dieu
n’a que faire de leur religion. (Rappelons-nous : «Vaines sont les œuvres
sans la foi.») Ils sont au XXIe siècle ce qu’étaient les pharisiens au 1er
siècle de notre ère. Ce type de religion—le judaïsme des pharisiens—n’a pu
empêcher jadis qu’Israël soit exilé. Il n’y parviendra pas davantage
aujourd’hui.
De toutes les sectes du judaïsme, les Juifs conservateurs forment la plus
grande. Tous les jeudis, ils vont à l’office du matin, ou Shachahit,
et font également la lecture du passage des Écritures que j’ai cité plus
haut.
Quelque chose devrait se produire et les faire réagir, comme moi. Mais non,
ils demeurent les mêmes : ils ont toujours des idées très libérales et
vivent au total selon les valeurs du monde.
Pour moi, si je fais la lecture du psaume 81 à la lumière des événements
actuels, la situation en Israël se résume à ceci : aujourd’hui encore Dieu
punit Israël. Car si les Juifs sont rentrés au pays, les retrouvailles de
Dieu et de son peuple n’ont pas encore eu lieu. Les Israéliens sont occupés
à servir des idoles—celles du laïcisme, de l’américanisme, de l’opinion
publique, du moi, etc. Pour les châtier, Dieu les a conduits au bord de la
crise—ils y sont presque—mais eux espèrent toujours qu’un nouveau premier
ministre, plus dynamique que ses prédécesseurs, les fera sortir à coups de
négociations du bourbier où ils se trouvent. Car ils ont compris que les
armes ultramodernes ne peuvent rien contre les attaques suicides, pas plus
que la meilleure force policière du monde ne peut prévenir le terrorisme.
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